Les Quatre Saisons - L'été En été les lis et les roses Jalousaient ses tons et ses poses, La nuit, par l'odeur des tilleuls Nous nous en sommes allés seuls. L'odeur de son corps, sur la mousse, Est plus enivrante et plus douce. En revenant le long des...
Un cœur Sitôt que j'eus le franc usage de mon cœur, Je le mis en des mains qui s'ouvraient pour le prendre ; C'étaient de douces mains, si belles de blancheur, Dont le toucher était délicieux et tendre. Heureux et frémissant de les sentir sur lui. Mon...
Terreur Ce soir-là j'avais lu fort longtemps quelque auteur. Il était bien minuit, et tout à coup j'eus peur. Peur de quoi ? je ne sais, mais une peur horrible. Je compris, haletant et frissonnant d'effroi, Qu'il allait se passer une chose terrible......
L'étoile C'est l'heure où la fatigue au sommeil nous invite, Où la brise fraîchit avec l'ombre du soir ; Je m'en vais seul et triste en regagnant mon gîte : Hélas ! de tout le jour je n'ai pas pu te voir. Je regarde le ciel pour découvrir peut-être L'étoile...
La coccinelle Elle me dit : Quelque chose Me tourmente. Et j'aperçus Son cou de neige, et, dessus, Un petit insecte rose. J'aurais dû - mais, sage ou fou, A seize ans on est farouche, Voir le baiser sur sa bouche Plus que l'insecte à son cou. On eût dit...
À la nuit Nuits où meurent l'azur, les bruits et les contours, Où les vives clartés s'éteignent une à une, Ô nuit, urne profonde où les cendres du jour Descendent mollement et dansent à la lune. Jardin d'épais ombrage, abri des corps déments, Grand cœur...
Le Poème de la Femme Un jour, au doux rêveur qui l'aime, En train de montrer ses trésors, Elle voulut lire un poëme, Le poëme de son beau corps. D'abord, superbe et triomphante Elle vint en grand apparat, Traînant avec des airs d'infante Un flot de velours...
J'aime l'araignée J'aime l'araignée et j'aime l'ortie, Parce qu'on les hait ; Et que rien n'exauce et que tout châtie Leur morne souhait ; Parce qu'elles sont maudites, chétives, Noirs êtres rampants ; Parce qu'elles sont les tristes captives De leur...
Synthèse Dans la foule aux replis profonds, l'homme et la femme, Se voyant, ont croisé le regard qui proclame Une mystérieuse affinité de l'âme. La conversation habile a dessiné Un passé de droiture où des malheurs sont nés ; À se chérir ils se sont vus...
L'enfant et le miroir Un enfant élevé dans un pauvre village Revint chez ses parents, et fut surpris d'y voir Un miroir. D'abord il aima son image ; Et puis, par un travers bien digne d'un enfant, Et même d'un être plus grand, Il veut outrager ce qu'il...
All the world's a stage, And all the men and women merely players; They have their exits and their entrances; And one man in his time plays many parts, His acts being seven ages. At first the infant, Mewling and puking in the nurse's arms; And then the...
Madame, autour de vous tant de grâce étincelle Madame, autour de vous tant de grâce étincelle, Votre chant est si pur, votre danse recèle Un charme si vainqueur, Un si touchant regard baigne votre prunelle, Toute votre personne a quelque chose en elle...
La nuit, I. Le ciel d'étain au ciel de cuivre Succède. La nuit fait un pas. Les choses de l'ombre vont vivre. Les arbres se parlent tout bas. Le vent, soufflant des empyrées, Fait frissonner dans l'onde où luit Le drap d'or des claires soirées, Les sombres...
Les yeux de la femme L'Éden resplendissait dans sa beauté première. Ève, les yeux fermés encore à la lumière, Venait d'être créée, et reposait, parmi L'herbe en fleur, avec l'homme auprès d'elle endormi ; Et, pour le mal futur qu'en enfer le Rebelle Méditait,...
Les bienfaits de la nuit Quand le chagrin, perfide et lâche remorqueur, Me jette en ricanant son harpon qui s'allonge, La Nuit m'ouvre ses bras pieux où je me plonge Et mêle sa rosée aux larmes de mon cœur. À son appel sorcier, l'espoir, lutin moqueur,...
Le Vallon Mon cœur, lassé de tout, même de l'espérance, N'ira plus de ses vœux importuner le sort ; Prêtez-moi seulement, vallon de mon enfance, Un asile d'un jour pour attendre la mort. Voici l'étroit sentier de l'obscure vallée : Du flanc de ces coteaux...
Fata temporum A l'écheveau des jours, il attache la nuit, En ourlant le matin d'un galon de lumière, Puis coule lentement le long des cimetières Vers un soir dont il éteint la flamme, à son huis Aiguisé à ses griffes, son silence enfouit Tous les secrets...
L'Homme Jeté par le hasard sur un vieux globe infime, A l'abandon, perdu comme en un océan, Je surnage un moment et flotte à fleur d'abîme, Épave du néant. Et pourtant, c'est à moi, quand sur des mers sans rive Un naufrage éternel semblait me menacer,...
Le couchant adoucit Le couchant adoucit le sourire du ciel. La nuit vient gravement, ainsi qu'une prêtresse. La brise a dérouté, d'un geste de caresse, Tes cheveux aux blondeurs de maïs et de miel. Tes lèvres ont gardé le pli de la parole Dont mon rêve...
Intermède L'homme songeait : « Qui cherche attaque le granit, Mes victoires sont des désastres. Je suis cloué sous le zénith Et je voulais saisir, à l'horizon, des astres. Tout m'échappe. Comment savoir Si le but du soleil est d'éclairer des mondes Ou...
Les Yeux gris Le charme de tes yeux sans couleur ni lumière Me prend étrangement ; il se fait triste et tard, Et, perdu sous le pli de ta pâle paupière, Dans l'ombre de tes cils sommeille ton regard. J'interroge longtemps tes stagnantes prunelles. Elles...
Harmonie Regarde cette mer : pourquoi, d'un bleu limpide, Vois-tu s'étendre au loin ses lumineux réseaux ? A sa face, pourquoi nulle ombre, nulle ride ? C'est qu'un ciel clair et doux brille au-dessus des eaux. Eh bien, de ce beau ciel que l'émail pur...
L'âme L'âme de l'homme est une mer Qui chante et gronde, où tout s'efface, Où la tempête bientôt passe, Où tout cependant reste amer, Où le souvenir le plus cher Vogue et disparaît dans l'espace, Où le sourire à la surface Au fond ne cache qu'un enfer....
Silence et nuit des bois Il est plus d'un silence, il est plus d'une nuit, Car chaque solitude a son propre mystère : Les bois ont donc aussi leur façon de se taire Et d'être obscurs aux yeux que le rêve y conduit. On sent dans leur silence errer l'âme...
Amazone L'amazone sourit au-dessus des ruines, Tandis que le soleil, las de luttes, s'endort. La volupté du meurtre a gonflé ses narines : Elle exulte, amoureuse étrange de la mort. Elle aime les amants qui lui donnent l'ivresse De leur fauve agonie et...