Le vase brisé Le vase où meurt cette verveine D'un coup d'éventail fut fêlé ; Le coup dut effleurer à peine : Aucun bruit ne l'a révélé. Mais la légère meurtrissure, Mordant le cristal chaque jour, D'une marche invisible et sûre En a fait lentement le...
Consolation Quand le Dieu qui me frappe, attendri par mes larmes, De mon coeur oppressé soulève un peu sa main, Et, donnant quelque trêve à mes longues alarmes, Laisse tarir mes yeux et respirer mon sein ; Soudain, comme le flot refoulé du rivage Aux...
Le Nuage Levez les yeux ! C'est moi qui passe sur vos têtes, Diaphane et léger, libre dans le ciel pur ; L'aile ouverte, attendant le souffle des tempêtes, Je plonge et nage en plein azur. Comme un mirage errant, je flotte et je voyage. Coloré par l'aurore...
Paroles d'un Amant Au courant de l'amour lorsque je m'abandonne, Dans le torrent divin quand je plonge enivré, Et presse éperdument sur mon sein qui frissonne Un être idolâtre. Je sais que je n'étreins qu'une forme fragile, Qu'elle peut à l'instant se...
L'homme n'est jamais content Tout ne va pas, dans ce bas monde, Toujours au gré de nos désirs, Et bien souvent un ver immonde Se glisse au coeur de nos plaisirs. Alors nous faisons bouche amère ; Nous nous plaignons de notre sort, Et toujours notre dépit...
Étoiles Ses yeux, tout un printemps, éclairèrent ma vie Je marchais ébloui, la tenant par la main. Elle était le rayon, l'étoile du chemin, Et tant qu'elle a brillé sur moi, je l'ai suivie. Ainsi mes jours passaient sans but et sans envie Puis vint l'été...
L'idéal du poète Pour créer sa Vénus, le statuaire antique Aux vierges de son temps prenait ses traits divers, A l'une le sourire ou la grâce pudique, A l'autre le regard plein de tendres éclairs. Ainsi va le poète, au sein de l'univers, Cherchant de...
Soupçon Que le soc imprudent ait blessé sa racine, Le lis ne soutient plus son front qui se flétrit ; Son calice fermé languissamment s'incline, Perd son dernier parfum, se dessèche et périt. Aux jours de ton printemps, ainsi, triste et pensive, Tu laisses...
À une Femme Tendre à qui te lapide et mortelle à qui t'aime, Faisant de l'attitude un frisson de poème, O Femme dont la grâce enfantine et suprême Triomphe dans la fange et les pleurs et le sang, Tu n'aimes que la main qui meurtrit ta faiblesse, La parole...
Doux air mélancolique Doux air mélancolique et suave qui passe En lambeaux déchirés épars dans ces grands vents, À leurs rugissements monstrueux tu t'enlaces, Et glisses dans leur voix tes soupirs décevants ; Car à peine on saisit, dans leur fureur, les...
Niobé Sur un quartier de roche, un fantôme de marbre, Le menton dans la main et le coude au genou, Les pieds pris dans le sol, ainsi que des pieds d'arbre, Pleure éternellement sans relever le cou. Quel chagrin pèse donc sur ta tête abattue ? À quel puits...
Bénédiction Lorsque, par un décret des puissances suprêmes, Le Poète apparaît en ce monde ennuyé, Sa mère épouvantée et pleine de blasphèmes Crispe ses poings vers Dieu, qui la prend en pitié : " Ah ! que n'ai-je mis bas tout un noeud de vipères, Plutôt...
La Peau de bête Sous le premier péché courbant son front maudit, Adam, sur qui pesait la main toute-puissante, Avec Ève, à son bras défaite et languissante, S'éloignait à pas lents du Jardin interdit. Le jour allait finir ; à l'horizon livide L'oeil rouge...
La terre et l'enfant Enfant sur la terre on se traîne, Les yeux et l'âme émerveillés, Mais, plus tard, on regarde à peine Cette terre qu'on foule aux pieds. Je sens déjà que je l'oublie, Et, parfois, songeur au front las, Je m'en repens et me rallie Aux...
Une douceur splendide et sombre Une douceur splendide et sombre Flotte sous le ciel étoilé On dirait que là-haut, dans l'ombre Un paradis s'est écroulé. Et c'est comme l'odeur ardente, L'odeur fiévreuse dans l'air noir, D'une chevelure d'amante Dénouée...
Les rêves Le visage de ceux qu'on n'aime pas encor Apparaît quelquefois aux fenêtres des rêves, Et va s'illuminant sur de pâles décors Dans un argentement de lune qui se lève. Il flotte du divin aux grâces de leur corps, Leur regard est intense et leur...
La Destruction Sans cesse à mes côtés s'agite le Démon ; Il nage autour de moi comme un air impalpable ; Je l'avale et le sens qui brûle mon poumon Et l'emplit d'un désir éternel et coupable. Parfois il prend, sachant mon grand amour de l'Art, La forme...
Mille ans après L'âpre rugissement de la mer pleine d'ombres, Cette nuit-là, grondait au fond des gorges noires, Et tout échevelés, comme des spectres sombres, De grands brouillards couraient le long des promontoires. Le vent hurleur rompait en convulsives...
Détachement Il est des maux sans nom, dont la morne amertume Change en affreuses nuits les jours qu'elle consume. Se plaindre est impossible ; on ne sait plus parler ; Les pleurs même du cœur refusent de couler. On ne se souvient pas, perdu dans le naufrage,...
Les damnés La terre était immense, et la nue était morne ; Et j'étais comme un mort en ma tombe enfermé, Et j'entendais gémir dans l'espace sans borne Ceux dont le coeur saigna pour avoir trop aimé : Femmes, adolescents, hommes, vierges pâlies, Nés aux...
Joies sans causes On connaît toujours trop les causes de sa peine, Mais on cherche parfois celles de son plaisir ; Je m'éveille parfois l'âme toute sereine, Sous un charme étranger que je ne peux saisir. Un ciel rose envahit mon être et ma demeure, J'aime...
Dors... L'orage de tes jours a passé sur ma vie ; J'ai plié sous ton sort, j'ai pleuré de tes pleurs ; Où ton âme a monté mon âme l'a suivie ; Pour aider tes chagrins, j'en ai fait mes douleurs. Mais, que peut l'amitié ? l'amour prend toute une âme !...
L'origine du Poète Quand il eut mérité le châtiment de vivre Sur cette terre, Esprit de son monde exilé, Des temps futurs s'ouvrit à ses regards le livre : Il put lire son sort dans l'avenir scellé. Ce qu'un jour il sera devant lui se déroule, De ses...
Le bonheur Le bonheur, ce n'est point aimer, puisque l'on pleure. Le bonheur, ce n'est point savoir : on ne sait rien. Est-ce vivre ? La vie est-elle un si grand bien ? Est-ce mourir ? La mort n'est-elle pas un leurre ? Ce n'est point se blesser à nos...
Le Pressentiment Dans ses heures de rêve et de réalité, Que la douleur l'épargne ou s'acharne à sa piste, Tout homme conscient reçoit à l'improviste Un avertissement de la Fatalité. La flèche de l'amour et le dard de la crainte Sont encore moins prompts...